dimanche 5 octobre 2014

L'ÉGLISE EST LA VIGNE BIEN-AIMÉE DE DIEU

Commentaire Pour le XXVII Dimanche du temps Commun - A
Nous l’avions vu durant la lecture de l’épître aux Romains, saint Paul expliquait comment le Peuple juif choisi par Dieu, ayant en quelque sorte récusé l’appel de Dieu, avait cédé sa place à l’Eglise universelle, ordonnée autour de son Chef et des Apôtres.
Cette Église est la Vigne bien-aimée de Dieu. Le Prophète Isaïe chante pour cette vigne un beau cantique, plein d’amour, mais aussi plein d’amertume, parce que cette vigne n’a pas donné les fruits attendus : symbole du peuple juif infidèle à l’amour de Dieu. A l’époque du Prophète, il s’agissait des infidélités répétées du peuple juif et des rappels incessants de Dieu par l’intermédiaire des Juges, des Rois, des Prophètes, parfois aussi par le biais d’épreuves politico-sociales (invasions, déportations). Cette désolation apparaît clairement dans le psaume 79 qui suit.
Jésus, en face des Scribes et des Pharisiens endurcis, reprend l’image de la vigne et complète l’état des lieux par une parabole très humaine et très historique : les serviteurs qui viennent visiter cette vigne représentent les Prophètes qui se sont succédés sur les places d’Israel et qui furent martyrisés les uns après les autres : Isaïe fut scié en deux, Jérémie lapidé, Ezéchiel aussi fut mis à mort, Amos expira après avoir reçu un formidable coup de massue… Puis vint le propre Fils du Propriétaire de cette vigne, Jésus Fils de Dieu. Curieusement, les interlocuteurs de Jésus ne comprennent toujours pas ; alors Jésus leur cite le psaume 117, que nous chantons particulièrement à Pâques : “La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire.”
En rejetant le Messie divin, les responsables juifs ont renoncé à leur vocation ; certes, personne ne les empêchera de se reprendre un jour ; mais en attendant, ce sont les autres nations qui deviendront la Vigne sainte de Dieu. C’est ainsi que la Parole de Dieu, la Bonne Nouvelle, a été portée à toutes les nations du monde, grâce au zèle des missionnaires, des saint François-Xavier ou des saint Pierre-Claver.
Il y a eu dans l’histoire de l’Eglise des périodes plus heureuses, des périodes moins heureuses. Comment qualifier la nôtre ? En beaucoup de régions, le christianisme est foulé aux pieds, il semble que l’indifférence religieuse ait fait beaucoup de ravages, on entend trop souvent parler de persécutions (en Inde, en Indonésie, en Afrique…). Que devons-nous faire, nous, chrétiens du XXIe siècle ? Nous vanter ? Il n’y a pas de quoi. Nous lamenter ? Jamais.
Aux Chrétiens de Philippes, saint Paul suggère des choses très simples à pratiquer : ne pas être inquiet, prier, supplier, respecter le vrai et le noble, le juste et le pur, digne d’être aimé et honoré… En un mot tout ce que peut contenir le mot “vertu”.
“Virtus” en latin exprime tout ce qui est force, virilité, courage. C’est une grâce de Dieu qui nous est donnée à tout instant, pour soutenir nos faibles forces. S. Grégoire de Nysse (IVe s.) écrit que “le but d’une vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu”.
Relisons, si vous le voulez bien, notre Catéchisme (Abrégé, nn. 377-388), où il est question des vertus “théologales” (Foi, Espérance, Charité), des vertus cardinales (prudence, justice, force, tempérance), des fruits de l’Esprit (charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté). Tous ces mots ne sont pas facilement prononcés à notre époque, où nous entendons plutôt parler de vengeance, de revendications, de plaintes, d’injustices, d’infidélités, d’immoralités de tous genres.
Beaucoup d’entre nous désespèrent : nos enfants n’apprennent rien, la société est mauvaise, il n’y a plus de ceci, plus de cela ; de notre temps… Ces mauvaises jérémiades n’ont pas de sens. La grâce de Dieu est toujours là, et il appartient à chacun d’en profiter et de grandir sans cesse dans la vie divine. Nous n’avons pas de comptes à rendre pour les autres, mais chacun devra répondre de sa propre vie, de ses propres efforts, de ses propres actes.
Et surtout, il nous appartient de nous appuyer sur l’infinie miséricorde et patience de Dieu : “Tu combles bien au-delà de (nos) mérites”, dit la prière de ce jour ; “délivre notre conscience de ce qui l’inquiète, donne-nous plus que nous n’osons demander”. Prière de confiance, constructive, qui nous élèvera vraiment vers Dieu, en nous redonnant de l’élan pour notre marche quotidienne. Et surtout, après avoir reçu en nous le Corps du Christ, ne cachons pas ce Trésor derrière les soucis de monde, mais considérons bien que c’est avec ce Trésor que nous aurons la force de progresser toujours plus vers la Perfection.
Abbé Charles Marie de Roussy