mercredi 13 juin 2012

LES DÉBUTS DE L'I V G


Expérience vécue...



En janvier 1975, chirurgien-gynécologue à Rennes en clinique privée, j’ai été le premier en Bretagne à appliquer la loi Veil, qui instituait la pratique légale de l’avortement, appelé pudiquement I.V.G : il s’agit en fait non d’une interruption, qui suppose un reprise possible, mais un arrêt, arrêt de mort pur et simple. Il ne faut pas oublier que c’était une exception à l’article 1° du titre 1° de cette loi qui affirmait : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie », c’est-à-dire dès la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde. L’objection de conscience était prévue pour le personnel médical, qui ne souhaitait pas participer à cet acte exceptionnel. Aucune structure n’étant encore mise en place par les pouvoirs publics, mon épouse, infirmière, assura « l’entretien préalable » prévu par les textes et qui devait être dissuasif. Les premières semaines, elle fut assaillie par une quarantaine de demandes par jour et elle constata, que faute d’information, beaucoup de jeunes femmes confondaient avortement et contraception : leurs demandes étaient motivées, non par des raisons médicales, mais par des difficultés de revenus ou de logement, l’abandon par le géniteur ou le rejet par la famille, toutes raisons qui auraient nécessité un soutien matériel et psychologique prévu par la loi, mais jamais appliqué. Après dissuasion et sélection des cas les plus dramatiques j’ai réalisé une dizaine d’I.V.G par semaine. Malgré la technique moderne de l’aspiration du contenu utérin, force m’était, comme au personnel médical, de constater la présence de fragments d’embryons, notamment de petites mains et de petits pieds, surnageant dans le flacon de l’aspirateur. Ce geste nous apparut tout de suite comme odieux, antinaturel et contraire à la vocation des médecins infirmières et aides-soignantes, qui est de soigner, si possible de guérir, mais jamais de tuer. J’eus rapidement le sentiment d’être, au nom de la société, un exécuteur des hautes œuvres, comme les anciens bourreaux, prié de corriger des carences sociales, économiques ou familiales en supprimant l’enfant gêneur. Je constatais aussi la détresse, l’angoisse, des jeunes femmes qui jamais ne montaient de gaîté de cœur sur la table d’opération ; on leur proposait d’ailleurs de se rétracter au dernier moment, juste avant l’anesthésie générale, et certaines choisirent cette option, tant était grande leur horreur de détruire le fruit de leurs entrailles. J’ai pratiquement mis fin à cette activité lorsque, quelques mois plus tard, le C.H.U de Rennes a ouvert un centre spécialisé consacré aux I.V.G. De même que je me suis toujours refusé à toute forme d’euthanasie, je fus heureux de mettre fin à cette activité mortifère ; n’y a-t-il pas d’ailleurs un signe de la dégénérescence de l’espèce humaine à considérer l’embryon comme un objet et le vieillard comme un gêneur ? En fait, les notions de détresse et d’exception, pourtant précisées dans la loi, ont été détournées par certaines femmes et par les militants des droits de la femme, au profit d’une liberté sans responsabilité conduisant à l’homicide, sans que la dissuasion et le soutien prévus par les textes ne soient réellement mis en œuvre. Aucune politique familiale digne de ce nom n’a été appliquée depuis 1975 pour permettre à la femme, dont la vie n’est pas en péril, de garder l’enfant quelle porte, et qu’elle désire même inconsciemment.

Maurice Caillet

samedi 9 juin 2012

JUIN : MOIS DU SACRÉ CŒUR - 10


Dixième jour
Parabole de l'enfant prodigue

Voix de Jésus : « Il y a plus de joie au ciel pour la conversion d'un seul pêcheur que pour la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence ». C'est Moi qui l'ai dit, ô mon fils; et Ma Bonté envers les vrais pénitents est si grande qu'elle semble presque pouvoir donner de la jalousie aux justes. Regarde, regarde attentivement cet enfant si ingrat, si dénaturé, qui ne craint pas de faire au cœur de son père la plaie la plus douloureuse et la plus profonde, en le quittant. Il fuit loin de l'œil de sa tendresse vigilante; il dissipe tout en de honteux plaisirs; il tombe dans l'indigence, dans les angoisses de la misère, dans l'abjection la plus flétrissante; il se livre à un maître qui en fait un pâtre de pourceaux, dont il est réduit à envier la dégoûtante nourriture. Quel spectacle, ô mon fils, et qu'il est bien propre à t'instruire! Toi aussi, combien tu t'étais éloigné de Ton Père Céleste!.. Quels trésors tu avais sacrifiés à tes passions! Mon amitié, Mon sang, le Ciel, la vie éternelle! Et jusqu'où n'étais-tu pas descendu! Toi, créé à Mon image et à Ma ressemblance, tu te défigurais avec une joie insensée; tu vendais tes services... et à qui? Tu savais bien à quel démon tu immolais ton âme; tu savais bien que tu violais Mes droits de Créateur et de Sauveur, que tu renonçais à Moi, et pour toujours, si la mort t'eût frappé dans ton péché. Quelle indigne préférence quelle injustice criante! quelle insigne folie!... Et cependant, tu te laisses encore dominer par l'orgueil; tout plein de toi-même, tu veux être estimé, loué, honoré; tu cherches même à primer aux dépens des autres. O mon fils, mon fils! renonce à toutes ces prétentions si mal fondées; n'oublie donc pas de la sorte l'opprobre de tes anciens jours, et que le souvenir de ton passé te retienne humblement à la dernière place dans la famille du Père qui est dans les Cieux. Je m'arrête : Je veux te corriger, mais non pas te contrister et t'affliger trop amèrement; et si tu verses des larmes, Je veux que ce soit les larmes d'un repentir plein de confiance et d'amour: elles ont leur douceur et leur consolation ».

Réflexion

En péchant, je me suis dégradé, j'ai mérité le plus grand de tous les supplices, un opprobre et des tourments éternels... Si je ne perdais pas de vue cette triste vérité, ah! je me rendrais justice et ne me regarderais que comme un homme qui s'est rendu digne d'une flétrissure impérissable: je serais dès lors humble dans mes pensées, humble dans mes paroles, humble dans toute ma conduite, et les dédains ou les mépris de mes semblables je les subirais patiemment et en esprit de pénitence comme l'acquit d'une partie de ma dette envers la Majesté Divine offensée. Quelque illusion que je prétende me faire, tel est et tel sera toujours l'arrêt de ma conscience : je suis un criminel gracié, et rien de plus... Puissé-je ne l'oublier jamais!

Pratique

1° Pleurez tous les jours vos anciens péchés, quoique vous ayez , de votre réconciliation avec Dieu, la consolante garantie que donne le sacrement de pénitence, et faites, tous les jours, quelque chose pour les expier.
2° Rappelez-en le souvenir toutes les fois que vous êtes tenté d'orgueil et que vous avez à supporter quelque chose qui vous blesse ; dites-vous alors : J'en avais mérité bien davantage, et pour toute l'éternité.

Humilité du Père de Gréamb, son témoignage sur le vrai bonheur

« Il faut, mon cher ami, écrivait le père de Géramb au sujet de son embarquement sur le bateau à vapeur à Magadino, il faut que je vous révèle ce qui se passa dans mon cœur pendant quelques instants, et vous verrez combien l'orgueil avait encore d'empire sur moi, religieux de la Trappe depuis si longtemps. Le bateau à vapeur est divisé en deux parties: l'une couverte est occupée par des personnes que l'on appelle comme il faut; au-dessous est un salon à leur usage. L'autre partie est découverte; la chambre du bas, moins commode et moins ornée, n'est guère occupée que par des personnes d'une condition inférieure, ou par celles qui désirent voyager avec plus d'économie. Eh bien! le croirez-vous? Rien n'égala mon embarras lorsqu'on me demanda d'une voix assez haute, et devant tout le monde, quelle place je prendrais. Il s'engagea alors, entre M. le baron de Géramb et le père Marie-Joseph, un petit combat. Le baron de Géramb voulait prouver au père Marie-Joseph que tout exigeait impérieusement qu'il prit place dans la première partie. Il avait, pour le prouver, mille raisons: d'abord la décence; puis le danger de prendre un coup de soleil dont la guérison aurait beaucoup coûté à celui qui avait fait vœu de pauvreté; puis la propreté, qui est une vertu, etc., etc. Le père Marie-Joseph alléguait de son côté que, s'étant voué à l'humilité, il était assez heureux pour lui de trouver cette occasion pour expier certains petits reproches qu'il avait à se faire à ce sujet. Avec la grâce de Dieu, le père Marie-Joseph l'emporta. « Que le lac Majeur est beau, qu'il est ravissant, qu'il réveille de souvenirs dans mon âme! Je l'avais traversé à dix-huit ans; je rêvais alors le bonheur: un océan de jouissances se présentait à ma bouillante imagination; car alors j'étais entouré de tout de qui peut rendre heureux sur la terre. L'avenir s'offrait à mes yeux comme un palais enchanté; je ne voyais aucun obstacle; je voulais tout, et je croyais pouvoir obtenir tout ce que je voulais. Maintenant, assis obscurément dans le coin d'un bateau, je ne rappelais ces jours où, sur ce même lac, j'apercevais déjà ce ciel enchanteur de l'Italie, où je sentais déjà cet air embaumé qui endort si dangereusement les sens. Italie! sur ton sol j'avais cherché à épuiser la coupe de tous les plaisirs; maintenant religieux, et religieux pénitent, je me demandais si j'avais été alors véritablement heureux: non, jamais je n'avais goûté le bonheur; un moment d'ivresse et de folie ne le donne pas. J'ai été heureux au donjon de Vincennes; j'ai été heureux au monastère de la Trappe, sur le sac et sur la cendre: car alors j'ai retrouvé Dieu. Pour assouvir ma faim dévorante, le monde ne me jetait qu'une miette, et, pour étancher ma soif, qu'un breuvage empoisonné qui brûlait mes entrailles; mais dans ma captivité, dans ma retraite, Dieu a visité son misérable serviteur, il m'a montré un océan d'amour : toutes les puissances de mon âme ont été enivrées, et j'ai su ce que c'était que le bonheur. Vous nous avez faits pour vous, ô mon Dieu! notre cœur ne trouve de repos qu'en vous. Qu'importent alors les lambris dorés ou les sombres murs d'une prison?... » (Pèlerinage à Jérusalem et au mont Sinaï, par le P. de Géramb, T.1, lettre VII).

JUIN : MOIS DU SACRÉ CŒUR - 9


Neuvième jour
Parabole de la brebis égarée

Voix de Jésus : « Vois-tu cette brebis égarée errant au hasard, sans pasteur et loin de tout pâturage ? Elle va bientôt, l'infortunée, périr de faim, ou succomber sous la dent cruelle des féroces habitants du désert. Mais elle appartient à un bon maître à qui son malheur n'est pas inconnu, et qui court après elle pour la sauver. Bientôt il l'a retrouvée; il la met sur ses épaules, car seule elle ne pourrait cheminer jusqu'au bercail; et il l'y rapporte plein d'allégresse. Et toi aussi, mon fils, tu t'es égaré; longtemps, trop longtemps tu as erré loin de ton Divin Pasteur, loin des doux pâturages où Il garde, avec une tendre sollicitude, ses brebis fidèles; tu t'es lassé dans les sentiers arides des passions; et de quoi t'y nourrissais-tu, malheureux enfant de Ma dilection? Y as-tu rien trouvé qui pût remplir ton cœur, te rendre véritablement heureux; rien qui ne dût, au contraire, empoisonner tes jours terrestres, et te ravir tout droit aux beaux jours de l'éternité?.. Et combien de fois tu as failli périr pour jamais! Combien de fois les démons, acharnés à ta perte, t'ont réclamé comme une proie qui leur était due!.. Et Je t'ai refusé à leur juste fureur. Que dis-Je? n'ai-Je pas couru après toi qui Me fuyais? Je t'appelais d'une voix de père qui plaint son enfant égaré, d'une voix de mère désolée qui a perdu l'unique objet de sa tendresse; et tu courais toujours, tu courais loin de Moi, tu te hâtais dans les sentiers de l'iniquité, comme pour échapper aux tendres et généreuses poursuites de ton Sauveur et de ton Dieu... Néanmoins, Je ne t'ai point abandonné à toi-même; J'ai pu t'arrêter au bord du précipice: soudain tu M'as écouté; tu es tombé à Mes genoux, et Je t'ai reçu dans mes bras, et t'ai épargné les fatigues d'un retour long et pénible. Je t'ai pressé contre Mon Cœur: aussitôt des consolations se sont mêlées à tes regrets et ont adouci l'amertume des œuvres nécessaires à ta pénitence. Tuas même goûté une joie ineffable au milieu de mes vrais enfants parmi lesquels tu t'es retrouvé: joie plus vive et plus pure que celle du malheureux naufragé que la terre accueille, et qui, rendu à une famille chérie, sonde, par la pensée, les abîmes de l'Océan où il aurait péri sans la puissante main de Ma Divine Providence. Après de telles grâces, peux-tu douter jamais de la Charité de ton Divin Pasteur? »

Réflexion

Je manque trop souvent de confiance en mon Sauveur; et c'est blesser au vif son cœur adorable. Brebis égarée, obstinément égarée au désert de ce monde pour lequel l'Homme-Dieu ne pria pas la veille de Sa mort, ramené presque malgré moi par un excès de Sa Miséricorde au sacré bercail, comment puis-je ne pas m'adresser, en toute rencontre, à ce Pasteur si charitable, avec un cœur dilaté par la plus vive gratitude et la tendresse la plus intime? Le Cœur de Jésus m'a cherché, m'a recueilli dans le sein de Son Amour, tandis que je me perdais follement. Ah! il ne saurait se fermer à mes soupirs, quelque grâce que mes besoins réclament; Il ne saurait me fuir quand je le cherche. C'est Lui qui m'inspire de Le prier: serait-ce Lui qui refuserait d'ouïr ma prière?

Pratique

1° Que le souvenir de la grande miséricorde dont Jésus a usé envers votre âme si coupable, vous anime sans cesse à lui ouvrir votre cœur dans la prière, avec cette foi qui transporte tes montagnes.
2° Que ce même souvenir vous porte à l'implorer avec une ferveur pleine de confiance pour la conversion des pécheurs, et surtout pour celle des âmes que la charité vous fait un devoir spécial de lui recommander... Et si vous étiez assez malheureux pour avoir aussi besoin de conversion, ah ! demandez-la instamment au cœur de Jésus: il n'attend que votre prière pour épancher sur vous l'abondance de ses grâces.

Conversion de M. de la Harpe racontée par lui-même

« J'étais dans ma prison, seul dans une petite chambre, et profondément triste, dit M. de La Harpe dans le récit de sa conversion. Depuis quelques jours j'avais lu les Psaumes, l'Evangile et quelques bons livres. Leur effet avait été rapide, quoique gradué. Déjà j'étais rendu à la foi; je voyais une lumière nouvelle; mais elle m'épouvantait et me consternait, en me montrant un abîme, celui de quarante années d'égarement. Je voyais tout le mal et aucun remède : rien autour de moi qui m'offrît les secours de la religion. D'un autre côté, ma vie était devant mes yeux, telle que je la voyais au flambeau de la vérité céleste; et de l'autre, la mort, la mort que j'attendais tous les jours, telle qu'on la recevait alors. Le prêtre ne paraissait plus sur l'échafaud pour consoler celui qui allait mourir; il n'y montait plus que pour mourir lui-même. Plein de ces désolantes idées, mon cœur était abattu, et s'adressait tout bas à Dieu que je venais de retrouver, et qu'à peine connaissais-je encore. Je lui disais: « Que dois-je faire? que vais-je devenir? » J'avais sur une table l'Imitation; et l'on m'avait dit que dans cet excellent livre je trouverais souvent la réponse à mes pensées. Je l'ouvre au hasard, et je tombe, en l'ouvrant, sur ces paroles: « Me voici, mon fils! je viens à vous, parce que vous m'avez invoqué ». Je n'en lus pas davantage: l'impression subite que j'éprouvai est au-dessus de toute expression, et il ne m'est pas plus possible de la rendre que de l'oublier. Je tombai la face contre terre, baigné de larmes, étouffé de sanglots, jetant des cris et des paroles entrecoupées. Je sentais mon cœur soulagé et dilaté, mais en même temps comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule d'idées et de sentiments, je pleurai assez longtemps, sans qu'il me reste d'ailleurs d'autre souvenir de cette situation, si ce n'est que c'est, sans aucune comparaison, ce que mon cœur a jamais senti de plus violent et de plus délicieux; et que ces mots, me voici, mon fils, ne cessaient de retentir dans mon âme, et d'en ébranler puissamment toutes les facultés ». (Cours de Littérature, édit. de Coste, 1813).

vendredi 8 juin 2012

JUIN : MOIS DU SACRÉ CŒUR


Huitième jour
Parabole de la drachme perdue

Voix de Jésus : « Sans doute, ô mon fils, tu l'as bien compris: cet enfant de la parabole, c'est toi; cette brebis, c'est toi; cette drachme, c'est toi; et sous l'image de ce père, de cette femme, de ce pasteur, tu as reconnu Ma Bonté, Ma Miséricorde, Mon incomparable Amour.... Mais as-tu suffisamment pénétré tout ce que cette Bonté, cette Miséricorde, cet Amour ont de ravissant pour les cœurs vraiment contrits et humiliés ? Vois cette femme si inquiète et si empressée. Elle allume un flambeau, elle fouille toute la maison; qu'a-t-elle donc perdu de si précieux? Une drachme, une seule drachme. Et quand, à force de soins et de recherches, elle l'a retrouvée, voilà que sa joie éclate; elle ne peut contenir son bonheur; il faut que ses amies, que ses voisines viennent le partager: on dirait qu'elle avait tout perdu, et qu'elle a tout retrouvé. Et Moi aussi, mon fils, quand le péché t'avait arraché à Mon Divin Cœur, quand tu étais perdu pour Mon Amour et pour le Ciel, Je t'ai cherché et recherché par mille voies inconnues qu'a su employer Mon Cœur si prévenant, si indulgent, si généreux: J'ai commandé à l'Ange qui, depuis le berceau, veille sur ton âme, de faire effort pour te rendre à Mon Amour et à toi-même; J'ai fait briller, au milieu des ténèbres dans lesquelles Satan voulait te cacher ton malheur, la lumière de ta conscience et la lumière de Ma Grâce, pour te faire reculer devant l'abîme qui allait s'ouvrir sous tes pas. Et cependant, qu'avais-Je besoin de toi ou que pouvais-Je en attendre? En te perdant, qu'avais-Je perdu? Que pouvais-Je gagner en te retrouvant?... Et malgré ton indignité, quand tu M'as été rendu, quand J'ai pu te serrer dans les bras de Ma Miséricorde, quelle n'a pas été Ma joie! Oui, Mon Divin Cœur a tressailli, et J'ai dit à Mes Anges et à Mes Saints: « Soyez heureux, J'avais perdu cette âme, et Je l'ai recouvrée ». O mon fils, mon fils! Pour tant de prévenances, pour tant de bonté, pour tant d'amour, que Me donneras-tu? Ah! Je ne te demande que ton cœur, et à peine m'en accordes-tu ce que tu ne peux me refuser sans courir le risque de l'enfer: l'orgueil, la vanité, l'humeur et bien d'autres défauts qui me déplaisent, en ont une grande part. En sera-t-il toujours ainsi, ô mon fils? »

Réflexion

Qu'ai-je à dire à ces tendres reproches du Cœur de mon Divin Maître? Je Lui ai toujours été si cher qu'Il ne m'a pas délaissé, lorsque je l'avais abandonné moi-même; j'ai méprisé Son Amour et Il ne m'a point méprisé; j'ai fermé les yeux à la lumière de Sa Grâce, et Sa Grâce ne m'a point laissé périr dans mon aveuglement volontaire... « O Dieu, dois-je m'écrier avec Sainte Thérèse, que Vous savez bien être ami... » Mais quand donc saurai-je répondre à une si noble et si pressante amitié? Quand détruirai-je en moi tout ce qui blesse les regards de ce divin bienfaiteur? Quand verra-t-il en moi les vertus dont Il désire tant que mon âme soit ornée?...

Pratique

1° Lorsque vous hésiterez à faire quelque chose pour Dieu, encouragez-vous par cette pensée: Pourrais-je refuser au cœur de mon Jésus ce que, certes, la reconnaissance seule m'oblige à lui donner?
2° Ne négligez aucune occasion de combattre vos défauts, afin de rendre de jour en jour votre cœur moins indigne du cœur de votre divin Maître.

Le Baron de Géramp se consacre généreusement à Dieu

Plusieurs accidents auxquels le baron de Géramb, pendant sa vie mondaine, n'avait échappé que par une espèce de miracle, lui avaient fait faire souvent de sérieuses réflexions, en rallumant d ans son cœur le flambeau de la foi qui n'avait jamais été. complètement éteint malgré les vives agitations d'une vie passée dans le tourbillon du monde, et au milieu de toutes les distractions des cours. Mais ce ne fut qu'en 1814, au sortir d'une longue captivité, qu'il résolut de consacrer entièrement à Dieu le reste des jours qui lui seraient accordés. Son premier projet fut de quitter la France et d'aller visiter les saints lieux. Il voulait, soutenu par les souvenirs dont cette terre sacrée est remplie, s'associer aux travaux, aux souffrances de l'Homme-Dieu, afin d'être associé aux récompenses divines qui en furent le prix ; et il lui semblait que, près de l'endroit où le mystère de la Rédemption s'était opéré, il serait plus assuré que ses fautes lui seraient remises. Tous ses préparatifs de départ étaient déjà faits, et il était sur le point de s'embarquer, lorsqu'il apprit qu'on venait de fonder un couvent de la Trappe près de Laval. Cette nouvelle fixa ses résolutions, et il décida qu'il irait s'ensevelir dans ce monastère, dont la discipline sévère et les austérités plaisaient à son esprit ardent dans sa dévotion. Après quinze mois de noviciat, le baron de Géramb, chambellan de sa majesté l'empereur d'Autriche, etc., devenu le père Marie-Joseph, échangea tous ses titres pour celui de serviteur de Dieu, toutes ses décorations pour une simple croix de bois, et ses riches habits pour une robe de bure. La couche sur laquelle il reposait ses membres fatigués était une planche nue; il avait, pour soutenir sa tête, un oreiller de bois; sa nourriture était composée de légumes cuits à l'eau et au sel. Il y avait, certes, bien loin de son état passé à sa situation présente, et cependant on eût dit que le père Marie-Joseph était trappiste dès sa plus tendre jeunesse. Le sacrifice le plus pénible à un homme qui avait toujours vécu dans les grandeurs, qui avait fait sa volonté toute sa vie, c'était le sacrifice de cette même volonté, le sacrifice de son amour-propre et de sa délicatesse. Après de longs et pénibles combats, le père Marie-Joseph finit par triompher. Aussi, quand il fallut, pour reconstruire l'église du couvent, aller mendier de l'argent de porte en porte dans tout le diocèse, rien ne lui coûta, rien ne put le rebuter; les fatigues, les humiliants refus, la. rigueur de la saison : tout lui semblait doux à endurer quand il pensait que c'était pour préparer une demeure à Jésus-Christ qu'il supportait ces peines. On le vit, pendant l'hiver le plus rude, livrant sa tête nue à des torrents de pluie glacée, à des flots de neige, mais le visage toujours riant, toujours serein, tendre une main presque roidie de froid à l'aumône qui lui était quelquefois refusée. Quel supplice affreux, et quelle incroyable patience dans un homme qui avait reçu de la nature un cœur si plein de fierté, un esprit si irritable! (Notice sur le P. de Géramb, par l'éditeur des Lettres à Eugène sur l'Eucharistie).

SAINT SACREMENT


FAITES CECI EN MÉMOIRE DE MOI…

« Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »


Voilà ce que nous disons au Seigneur, quand tout va bien… Mais, nous sommes si versatiles ! À la moindre difficulté nous oublions vite nos belles promesses et “jugeons” Dieu, pire encore : nous blasphémons contre Lui et oublions que nous avons été aspergés par le Sang de l’Agneau, que notre salut nous le devons à Celui qui a aimé et aimé à en mourir ; nous rompons l’alliance que nous avions conclue avec Lui.
Mais le Seigneur n’est que Miséricorde, Il nous pardonne nos mauvaises humeurs passagères et attend avec beaucoup de patience que nous Lui disions de nouveau, avec humilité : “Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce, j'invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur”. Et, comme si un doute sur la Miséricorde divine nous venait alors, nous ajoutons encore : “Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ?” et encore : “Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ?”
Momentanément guéris de notre indifférence et notre suffisance, nous nous mettons à réfléchir à la bonté divine, à cette Miséricorde infinie qui remplit le Cœur de notre Dieu et nous nous disons alors : “S'il est vrai qu'une simple aspersion avec du sang d'animal, ou avec de l'eau sacrée, rendait à ceux qui s'étaient souillés une pureté extérieure pour qu'ils puissent célébrer le culte, le sang du Christ, lui, fait bien davantage”, car, comme le dit l’auteur de l’épître aux hébreux, “poussé par l'Esprit éternel, Jésus s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant”.
En effet, Jésus qui aima et aima jusqu’à en mourir, subit cette mort “pour le rachat des fautes commises”, afin que tous et chacun d’entre nous, nous puissions “recevoir l'héritage éternel promis”.
Maintenant, mes amis, nous allons ensemble faire un petit exercice qui nous aidera à méditer le divin mystère, “le plus grand miracle de la divine Sagesse”, — selon la bienheureuse Alexandrina de Balasar — que l’Évangile de ce jour nous propose : l’institution de l’Eucharistie.
Fermons nos yeux et représentons-nous une grande salle où sont réunies de nombreuses personnes et probablement quelques femmes… Ce sont les disciples de Jésus et les “femmes qui le suivaient”.
Nous laissons de côté le lavement de pieds et d’autres scènes que nous connaissons tous... Allons au plus important, au plus sublime de tous les actes de Jésus...
L'évangéliste ne dit pas qu’ils étaient à table, mais simplement “pendant le repas” : c’était le repas de Pâques et le dernier de Jésus avec les siens, car peu après il sera livré aux juifs et condamné à mort.
Jésus, avec solennité et rempli d’amour, les yeux levés vers le ciel, vers le Père, “prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »”
Jésus savait qu’Il allait partir vers le Père, mais Il voulait aussi rester avec les siens, avec nous jusqu’à la fin des siècles : Il nous laissait son corps comme aliment. Mais, ce n’était pas encore assez et, ce sang que peu de temps après Il versera pour nous, il va aussi nous l’offrir, pour étancher notre soif, pour alimenter notre amour si souvent défaillant. C’est pourquoi “prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous”. Jusque-là, rien de surprenant : c’était de repas de Pâques et il était normal que tous boivent. Alors que tous avaient bu, Jésus leur annonce : “Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude”. Et Il leur annonce sa fin prochaine, mais ils n’ont pas compris : “Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu”.
Nous venons d’assister, par la pensée, à la nuit du “plus grand miracle”, au déroulement du mystère qui est au-dessus de tous les mystères : la présence eucharistique de Jésus — et de la Trinité divine — sous les espèces du pain et du vin. C’était la solution pour Jésus, de partir vers son Père et de rester avec nous, afin que nous ne restions pas orphelins.
Le repas étant terminé et, “après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers”, où une autre étape de la vie de Jésus allait commencer : la plus douloureuse, celle qui le conduira à la mort.
“Gloire et louanges soient rendues à tout moment, à Jésus au très Saint-Sacrement”. Amen.
Alphonse Rocha