jeudi 14 avril 2011

LA SAINTETE

Benoît XVI: Audience générale du 13 avril 2011

Chers frères et sœurs,

Au cours des Audiences générales de ces deux dernières années nous ont accompagnés les figures d'un grand nombre de saints et de saintes : nous avons appris à les connaître de plus près et à comprendre que toute l'histoire de l'Eglise est marquée par ces hommes et femmes qui par leur foi, par leur charité, par leur vie ont été des phares pour de si nombreuses générations, et qu'ils le sont aussi pour nous. Les saints manifestent de différentes manières la présence puissante et transformatrice du Ressuscité ; ils ont laissé le Christ se saisir si pleinement de leur vie qu'ils peuvent affirmer avec saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Suivre leur exemple, recourir à leur intercession, entrer en communion avec eux, « nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur source et de leur tête, toutes grâces et la vie du Peuple de Dieu lui-même » (Conc. Œc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 50). Au terme de ce cycle de catéchèses, je voudrais alors offrir quelques pensées sur ce qu'est la sainteté.

Que veut dire être saint ? Qui est appelé à être saint ? On est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination réservée à de rares élus. Saint Paul, en revanche, parle du grand dessein de Dieu et affirme : « C'est ainsi qu'Il (Dieu) nous a élus en lui (le Christ), dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour » (Ep 1, 4). Et il parle de nous tous. Au centre du dessein divin, il y a le Christ, dans lequel Dieu montre son Visage : le Mystère caché dans les siècles s'est révélé en plénitude dans le Verbe qui s'est fait chair. Et Paul dit ensuite : « Car Dieu s'est plu à faire habiter en lui toute la plénitude » (Col 1, 19). En Christ, le Dieu vivant s'est fait proche, visible, touchable, il s'est fait entendre, afin que chacun puisse puiser de sa plénitude de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14-16). C'est pourquoi toute l'existence chrétienne connaît une unique loi suprême, celle que saint Paul exprime dans une formule qui revient dans tous ses écrits : en Jésus Christ. La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s'unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. La mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l'Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne. C'est être conforme à Jésus, comme affirme saint Paul : « Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils » (Rm 8, 29). Et saint Augustin s'exclame : « Ma vie sera vivante toute pleine de Toi » (Confessions, 10, 28). Le Concile Vatican II, dans la Constitution sur l'Eglise, parle avec clarté de l'appel universel à la sainteté, en affirmant que personne n'en est exclu : « A travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n'y a qu'une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l'Esprit de Dieu et qui... marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire » (n. 41).

Mais la question demeure : comment pouvons-nous parcourir la voie de la sainteté, répondre à cet appel ? Puis-je le faire avec mes propres forces ? La réponse est claire : une vie sainte n'est pas principalement le fruit de notre effort, de nos actions, car c'est Dieu, le trois fois Saint (cf. Is 6, 3), qui nous rend saints, c'est l'action de l'Esprit Saint qui nous anime de l'intérieur, c'est la vie même du Christ ressuscité qui nous est communiquée et qui nous transforme. Pour le dire encore une fois avec le Concile Vatican II : « Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par là même, réellement saints. Cette sanctification qu'ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l'achever par leur vie » (ibid., n. 40). La sainteté a donc sa racine ultime dans la grâce baptismale, dans le fait d'être greffés sur le Mystère pascal du Christ, avec lequel nous est communiqué son Esprit, sa vie de Ressuscité. Saint Paul souligne de manière très puissante la transformation que la grâce baptismale accomplit dans l'homme et il arrive à créer une terminologie nouvelle, forgée avec le préfixe « co » : co-morts, co-ensevelis, co-ressuscités, co-vivifiés avec le Christ : notre destin est indissolublement lié au sien. « Si par le baptême - écrit-il - dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts » (Rm 6, 4). Mais Dieu respecte toujours notre liberté et demande que nous acceptions ce don et vivions les exigences qu'il comporte, il demande que nous nous laissions transformer par l'action de l'Esprit Saint, en conformant notre volonté à la volonté de Dieu.

Comment notre façon de penser et nos actions peuvent-elles devenir la manière de penser et d'agir du Christ et avec le Christ ? Quelle est l'âme de la sainteté ? Le Concile Vatican II précise à nouveau : « Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (cf. 1 Jn 4, 16). Sa charité, Dieu l'a répandue dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5). La charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et le prochain à cause de lui est par conséquent le don premier et le plus nécessaire. Mais pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l'âme et fructifie, chaque fidèle doit s'ouvrir à la Parole de Dieu et, avec l'aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l'Eucharistie, et aux actions sacrées, s'appliquer avec persévérance à la prière, à l'abnégation de soi, au service actif de ses frères et à l'exercice de toutes les vertus. La charité étant, en effet, le lien de la perfection et la plénitude de la loi (cf. Col 3, 14 ; Rm 13, 10), elle oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (Lumen gentium, n. 42). Peut-être ce langage du Concile Vatican II est-il encore un peu trop solennel pour nous, peut-être devons-nous dire les choses de manière encore plus simple. Qu'est-ce qui est essentiel ? Il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l'Eucharistie ; cela n'est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine. Il ne faut pas commencer ni finir une journée sans avoir au moins un bref contact avec Dieu. Et, sur la route de notre vie, suivre les « panneaux routiers » que Dieu nous a communiqués dans le décalogue lu avec le Christ, qui est tout simplement l'explicitation de ce qu'est la charité dans des situations déterminées. Il me semble que cela est la véritable simplicité et la grandeur de la vie de sainteté : la rencontre avec le Ressuscité le dimanche ; le contact avec Dieu au début et à la fin de la journée ; suivre, dans les décisions, les « panneaux routiers » que Dieu nous a communiqués, qui sont seulement des formes de charité. « C'est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ ». (Lumen gentium, n. 42). Telle est la véritable simplicité, grandeur et profondeur de la vie chrétienne, du fait d'être saints.

Voilà pourquoi saint Augustin, en commentant le quatrième chapitre de la Première Lettre de saint Jean, peut affirmer une chose courageuse : « Dilige et fac quod vis », « Aime et fais ce que tu veux ». Et il poursuit : « Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour ; qu'en toi se trouve la racine de l'amour, car de cette racine ne peut rien procéder d'autre que le bien » (7, 8 : PL 35). Celui qui est guidé par l'amour, qui vit la charité pleinement est guidé par Dieu, car Dieu est amour. C'est ce qui donne sa valeur à cette grande parole : « Dilige et fac quod vis », « Aime et fais ce que tu veux ».

Sans doute pourrions-nous nous demander : pouvons-nous, avec nos limites, avec notre faiblesse, tendre à des sommets si élevés ? Au cours de l'Année liturgique, l'Eglise nous invite à faire mémoire d'une foule de saints, c'est-à-dire de ceux qui ont vécu pleinement la charité, qui ont su aimer et suivre le Christ dans leur vie quotidienne. Ils nous disent qu'il est possible pour tous de parcourir cette voie. A toute époque de l'histoire de l'Eglise, à toute latitude de la géographie du monde, les saints appartiennent à tous les âges et à tous les états de vie, ils ont le visage concret de chaque peuple, langue et nation. Et ils sont de types très divers. En réalité, je dois dire qu'en ce qui concerne ma foi personnelle également, de nombreux saints, pas tous, sont de véritables étoiles dans le firmament de l'histoire. Et je voudrais ajouter que pour moi, il n'y a pas que certains grands saints que j'aime et que je connais bien qui « indiquent la voie », mais aussi les saints simples, c'est-à-dire les personnes bonnes que je vois dans ma vie, qui ne seront jamais canonisées. Ce sont des personnes normales, pour ainsi dire, sans héroïsme visible, mais dans leur bonté quotidienne, je vois la vérité de la foi. Cette bonté, qu'elles ont mûrie dans la foi de l'Eglise, est pour moi la plus sûre apologie du christianisme et le signe qui montre où se trouve la vérité.

Dans la communion des saints, canonisés et non canonisés, que l'Eglise vit grâce au Christ dans tous ses membres, nous jouissons de leur présence et de leur compagnie et nous cultivons la ferme espérance de pouvoir imiter leur chemin et partager un jour la même vie bienheureuse, la vie éternelle.

Chers amis, comme la vocation chrétienne est grande et belle, et également simple, vue sous cette lumière ! Nous sommes tous appelés à la sainteté : elle est la mesure même de la vie chrétienne. Encore une fois, saint Paul l'exprime avec une grande intensité, lorsqu'il écrit : « Chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons... C'est lui encore qui "a donné" aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ep 4, 7. 11-13). Je voudrais inviter chacun à s'ouvrir à l'action de l'Esprit Saint, qui transforme notre vie, pour être nous aussi comme des pièces de la grande mosaïque de sainteté que Dieu crée dans l'histoire, afin que le visage du Christ resplendisse dans tout son éclat. N'ayons pas peur de tendre vers le haut, vers les sommets de Dieu ; n'ayons pas peur que Dieu nous demande trop, mais laissons-nous guider dans chacune de nos actions quotidiennes par sa Parole, même si nous nous sentons pauvres, inadéquats, pêcheurs : c'est Lui qui nous transformera selon son amour. Merci.
Benoît XVI: Audience générale du 13 avril 2011 : la sainteté

SOURCE : (ZENIT.org)

mardi 12 avril 2011

UN CRI DU CŒUR…

La vraie justice

Les deux lectures de ce matin (11/04/2011) : celle concernant Suzanne, injustement condamnée par deux hommes ignobles, et sauvée par le jeune prophète Daniel, et celle concernant une femme réellement adultère, que Jésus ne condamna pourtant pas, mais qu’il renvoya en lui demandant "de ne plus pécher", m'ont révélé la vraie justice de Dieu. Je me suis souvent insurgée contre les homélies commentant le texte sur la Femme adultère; en effet, ces commentaires sont à peu près justes, mais ils sont toujours incomplets: en effet, il faut toujours être deux pour commettre le péché d'adultère, et dans le cas de Suzanne comme de la femme adultère, seule la femme est condamnée. On comprend l'attitude de Jésus qui est venu, non pour abolir la loi, mais pour l'accomplir. S'il avait condamné la femme adultère, Il aurait commis une grave injustice, et cela, Jésus ne pouvait pas le faire.

Pourtant il y a quelque chose que je ne comprend pas: pourquoi Jésus n'a-t-Il pas cité ce qui est écrit dans le Lévitique: "Si un homme commet adultère avec une femme mariée, et s'il commet un adultère avec la femme de son prochain, ils seront tous deux punis de mort, l'homme et la femme adultères." (Lev 20, 10) Remarquez qu’il y a un S après adultère, car ils sont tous les deux adultères, l’homme comme la femme.

Le texte du Lévitique, qui fait partie de la Thora juive est on ne peut plus clair. Tous les deux, l'homme et la femme qui sont tous les deux adultères, seront punis de mort. Comment se fait-il que dans tous les cas qui sont cités, seule la femme est condamnée?  Comment se fait-il que les prêtres qui commentent les lectures parlant d'adultères, ne relèvent jamais le fait que Jésus ne pouvait condamner la femme adultère sans être injuste Lui aussi? Mais pourquoi Jésus n'a-t-il pas mentionné ce texte ?
C'est tout à fait par hasard, en cherchant une référence que je suis tombée sur ce texte du Lévitique, il y a quelques jours. J'avoue avoir été un peu époustouflée en relisant plusieurs chapitres de ce livre de l'Ancien testament. C'est comme si jamais auparavant je n'avais compris la richesse de ces textes. Et pourquoi ne mentionne-t-on jamais ces textes? Certes, la lecture des livres du Lévitique, des Nombres ou du Deutéronome est un peu fastidieuse, et est certainement dépassée en beaucoup d’endroits, mais parfois il est bon de faire un petit effort pour mieux connaître la morale chrétienne qui n'est que le perfectionnement de la morale juive. Mais voilà! Il ne faut plus parler de la morale... Et puis je veux ajouter que ce qui est dépassé n'est pas forcément annulé. En effet, la Parole de Dieu peut être perfectionnée en fonction du développement des esprits humains, mais jamais annulée...

Je lis aussi, un peu plus loin: "Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable, ils seront punis de mort: leur sang est sur eux." Pour Dieu, l'homosexualité est une chose abominable. C'est Dieu qui le dit et pas seulement des "moralisateurs". Alors, quel scandale et quelle souffrance quand on apprend qu’en suède, un pasteur a été condamné à deux ans de prison pour avoir osé lire, en public pendant un culte, ce texte du Lévitique. En réalité c’est Dieu qu’on a mis en prison. (ceci s’est vraiment passé en Suède, il y a un ou deux ans).

Dans nos civilisations décadentes, proches des mœurs de la Rome antique, mœurs qui ont abouti à la chute de l'Empire romain, il ne faut plus parler de morale et encore moins de morale chrétienne. On parle constamment des Droits de l'Homme, en oubliant que si on a des droits, on a forcément des devoirs, car si j'ai des droits, mon voisin en a aussi, et j'ai le devoir de respecter les droits de mon voisin.

Voici que je me pose une nouvelle question: revenir à la morale, n'est-ce pas déjà revenir à la Nouvelle Espérance? La vraie morale chrétienne, la vraie Loi d'Amour de Jésus qui parfait et accomplit la Loi ancienne, n'est-elle pas la Nouvelle Espérance? Et dans ces conditions, la Nouvelle Espérance ne porte-t-elle pas en elle la vraie justice? Celle de Dieu?...

Voici des sujets que nous devons approfondir.

lundi 4 avril 2011

BIENTÔT DES NOUVEAUX BIENHEUREUX


  • DÉCRETS DE LA CONGREGATION POUR LES CAUSES DES SAINTS

CITE DU VATICAN, 2 AVR 2011 (VIS). Le Saint-Père a reçu ce matin en audience le Cardinal Angelo Amato, SDB, Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, au cours de laquelle il a autorisé la promulgation des décrets suivants:

MIRACLES attribués à l'intercession

– du serviteur de Dieu Serafino Morazzone, prêtre italien (1747-1822).
– du serviteur de Dieu Clemente Vismara, prêtre italien (1897-1988), de l'Institut pontifical des missions étrangères.
La future bienheureuse
Elena Aiello
– de la servante de Dieu Elena Aiello, laïque italienne (1895-1961), fondatrice des Minimes de la Passion.
– de la servante de Dieu María Catalina Irigoyen Echegaray, religieuse espagnole (1848-1918), des Servantes de Marie auxiliaires des malades.
– de la servante de Dieu Enrica Alfieri, religieuse italienne (1891-1951), des Soeurs de la Charité de Ste.Jeanne-Antide Thouret.

MARTYRE

– du serviteur de Dieu Pierre-Adrien Toulorge, prêtre français (1757-1793), chanoine de Prémontrée (1757-1793), tué en haine de la foi en 1793.
– du serviteur de Dieu Esteban Lacal, religieux espagnol, de ses 21 compagnons Oblats de l'Immaculée et du laïc Cándido Castán San José, tués en haine de la foi en 1936.

LES VERTUS HEROIQUES

– du serviteur de Dieu Thomas Kurialacherry, premier évêque de Changanacherry (Inde 1873-1925), fondateur des Soeurs de l'Adoration.
– du serviteur de Dieu Adolphe de Châtillon, religieux canadien (1871-1929), des Frères des écoles chrétiennes.
– de la servante de Dieu Maria Chiara de Ste.Thérèse de l'Enfant Jésus, religieuse italienne (1909-1948), de l'Ordre de Ste.Claire d'Assise.
– de la servante de Dieu Maria Dolores Inglese, religieuse italienne (1866-1928), des Servantes réparatrices de Marie.
– de la servante de Dieu Irene Stefani, religieuse italienne (1891-1930), des Missionnaires de la Consolation.
– du serviteur de Dieu Bernhard Lehner, laïc allemand (1930-1944).
CSS / VIS 20110404 (310)

MAGNIFIQUE PEUPLE

Dignité dans la douleur...

Merci à notre petite sœur Véronique.
Voilà le texte si beau et si touchant, rempli d'espoir et de grâce d'une Japonaise de Sendaï... Goûtez les saveurs du cœur, ravivées, intactes...

Voici une traduction rapide de ce courriel d'une survivante au Japon :
Akita est signalée à gauche
La vie ces jours-ci a Sendai est plutôt surréaliste... Mais j'ai la chance d'être entourée d'amis qui m'aident énormément. J'ai d'ailleurs pris refuge chez eux puisque ma bicoque délabrée est maintenant  devenue totalement digne de ce nom !
Nous partageons tout : eau, aliments, ainsi qu'un chauffage d'appoint au fuel. La nuit, nous dormons tous dans une seule pièce, nous dinons “aux chandelles”, nous partageons nos histoires. C'est très beau, très chaleureux. Le jour, nous essayons de nettoyer la boue et les débris de nos maisons.
Les gens font la queue pour s'approvisionner dés qu'un point d'eau est ouvert, ou ils restent dans leur voiture, a regarder les infos sur leur GPS.
Quand l'eau est rétablie chez un particulier, il met une pancarte devant chez lui pour que les autres puissent en profiter.
Ce qui est époustouflant, c'est qu'il n'y a ni bousculade, ni pillage ici, même si les gens laissent leur porte d'entrée grande ouverte, comme il est recommandé de le faire  lors d'un séisme.
Partout l'on entend : “Oh, c'est comme dans le bon vieux temps, quand tout le monde s'entraidait !”
Les tremblements de terre continuent : La nuit dernière, nous en avons eu tous les quarts d'heure. Le hurlement des sirènes était incessant, ainsi que le vrombissement des hélicoptères au dessus de nous.
Hier soir, l'eau a été rétablie pendant quelques heures, et aujourd'hui pendant la moitié de la journée. Nous avons aussi eu droit a un peu de courant cet après-midi. Mais pas encore de gaz. Les améliorations dépendent des quartiers. Certains ont de l'eau mais pas d'électricité, et d'autres le contraire.
Personne ne s'est lavé depuis des jours. Nous sommes crasseux mais c'est de peu d'importance.
J'aime ce sentiment nouveau, cette disparition, desquamation du superflu, de tout ce qui n'est pas essentiel. Vivre pleinement, intuitivement, instinctivement, chaleureusement, et survivre, non pas en tant qu'individu mais en tant que communauté entière...
Des univers différents se côtoient étrangement :
Ici, des demeures dévastées, mais là, une maison intacte avec ses futons et sa lessive au soleil!
Là, des gens font interminablement la queue pour de l'eau et des provisions, alors que d'autres promènent leur chien.
Puis aussi quelques touches de grande beauté : d'abord, la nuit silencieuse. Pas de bruit de voiture. Personne dans les rues. Mais un ciel étincelant d'étoiles. D'habitude je n'en distingue qu'une ou deux... Les montagnes autour de Sendai se détachent en ombre chinoise, magnifiques dans l'air frais de la nuit.
Les Japonais sont eux-mêmes magnifiques : chaque jour, je passe chez moi, comme en ce moment même ou je profite du rétablissement de l'électricité pour vous envoyer ce courriel, et chaque jour, je trouve de nouvelles provisions et de l'eau sur le seuil ! Qui les a déposées ? Je n'en ai pas la moindre idée !
Des hommes âgés en chapeau vert passent de maison en maison pour vérifier que chacun va bien. Tout le monde vous demande si vous avez besoin d'aide.
Nulle part je ne vois de signe de peur. De résignation, oui. Mais ni peur ni panique !
On nous annonce cependant des répliques sismiques, voire même d'autres séismes majeurs dans les prochains mois. En effet, le sol tremble, roule, gronde.
J'ai la chance d'habiter un quartier de Sendai qui est en hauteur, un peu plus solide, et jusqu'à présent nous avons été relativement épargnés.
Hier soir, autre bienfait : le mari d'une amie m'apporte de la campagne des provisions et de l'eau.
Je viens de comprendre à travers cette expérience, qu'une étape cosmique est en train d'être franchie partout dans le monde. Et mon cœur s'ouvre de plus en plus.
Mon frère m'a demandé si je me sentais petite et insignifiante par rapport a ce qui vient d'arriver. Eh bien non ! Au lieu de cela, je sens que je fais partie de quelque chose de bien plus grand que moi. Cette “re-naissance” mondiale est dure, et pourtant magnifique!