lundi 17 janvier 2011

JEAN-PAUL II BÉATIFIÉ

Jean-Paul II sera béatifié le 1er mai 2011

Témoin de la miséricorde et ami des hommes

Jean-Paul II sera béatifié le 1er mai 2011 au Vatican par Benoît XVI, qui présidera exceptionnellement la célébration. Ce géant qui rassemblera à nouveau les foules est un témoin de la miséricorde, un « ami » pour tout homme et un « intercesseur » souligne le P. Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.

Le titre barre la Une de L'Ossevatore Romano du 15 janvier avec une photo - où domine le rouge - de la vénération de la dépouille de Jean-Paul II par les cardinaux en la basilique vaticane, sous le regard de la statue de l'apôtre Pierre, au lendemain de sa mort. A conduire la procesison, on reconnaît le doyen du collège cardinalice, le cardinal Joseph Ratzinger.

Guérison de Sr Marie-Simon-Pierre

Le pape a en effet approuvé ce matin le décret de la Congrégation pour les causes des saints reconnaissant la guérison inexpliquée scientifiquement de Sr Marie-Simon-Pierre Normand à Aix en Provence, en 2005, comme un « miracle » dû à l'intercession de Jean-Paul II (cf. Documents, Note de la congrégation romaine). Et son porte-parole a annoncé la date choisie par le pape.

Le témoignage de la religieuse a été publié par la revue de la cause de béatification « Totus Tuus ». Elle souffrait, comme Jean-Paul II, de la maladie de Parkinson, arrivée à un stade qui l'handicapait et la faisait souffrir au point qu'elle avait des difficultés à marcher, à dormir et ne pouvait plus conduire. Elle avait demandé à sa supérieure d'être déchargée de ses fonctions : « Jean-Paul II n'a pas dit son dernier mot », lui avait répondu sa supérieure. Elle est aujourd'hui parfaitement guérie.

Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège a souligné ce matin que la date du 1er mai manifeste combien le pape Wojtyla est lié à la fête de la Miséricorde divine.

Le dimanche de la Miséricorde est « le jour qui est centré liturgiquement sur les thèmes de la miséricorde », parce que les lectures de la messe évoquent « l'apparition de Jésus au Cénacle, le Cœur ouvert, et l'institution du sacrement de la confession et de la pénitence ». Ce deuxième dimanche de Pâque est en effet « un dimanche où la liturgie parle beaucoup de la miséricorde de Dieu manifestée par le Ressuscité ».

Dieu riche en miséricorde

Il rappelle aussi que le pontificat de Jean-Paul II est profondément lié au thème de la miséricorde : « Jean-Paul II a proclamé ce dimanche — dimanche après Pâques — le Dimanche de la Miséricorde divine. Ce dimanche-là il a canonisé la grande apôtre de la Miséricorde divine, sœur Faustine Kowalska », qui a été la première sainte de l'an 2000, le 30 avril.

Le P. Lombardi a rappelé que le thème de la miséricorde est présent dans de nombreux discours et de nombreux textes du pape Jean-Paul II, en particulier dans son encyclique « Dives in misericordia » : « Dieu Riche en miséricorde » » en date de la fête de saint André, le 30 novembre 1980, troisième année de son pontificat.

Mais le P. Lombardi ajoute que c'est « toute la vie » de Jean-Paul II qui est imprégnée de cette spiritualité » et de cette « théologie » de la miséricorde.

Il cite aussi la fin du voyage en Pologne de 2002, marqué par la consécration à la Miséricorde divine du sanctuaire de Lagiewniki, un des lieux où Sr Faustine a vécu : « A cette occasion, il a confié le monde à la Miséricorde divine ».

C'est peut-être ce qu'a voulu représenter Sr Marie-Paul, bénédictine du Mont des Oliviers et peintre d'icône, qui a réalisé une icône de Jean-Paul II actuellement dans l'oratoire de Radio Espérance à Saint-Etienne et que l'on peut découvrir sur le site en ligne.

Les préparatifs ont commencé

Pour ce qui est des préparatifs concrets de la béatification, le P. Lombardi a annoncé le transfert de la tombe de Jean-Paul II des grottes vaticanes à la basilique, dans la nef de droite après la Pietà de Michel Ange (il n'y aura pas d'exhumation), sous l'autel de la chapelle de Saint-Sébastien. Elle sera ainsi plus accessible aux visiteurs. La tombe de Jean XXIII avait également été transférée pour sa béatification, des grottes à la basilique.

Quant au jour de la fête du futur bienheureux, elle est traditionnellement annoncée le jour de la béatification a fait observer le P. Lombardi. Mais le plus souvent la congrégation romaine pour le culte divin et la discipline des sacrements indique le jour de l'anniversaire de sa « naissance au ciel » : ce serait le 2 avril.

Parfois, pour des raisons pastorales, pour un prêtre ou un évêque, le jour de sa fête marque l'anniversaire de son ordination sacerdotale ou épiscopale ou d'autres dates significatives... Ainsi Jean XXIII est inscrit au martyrologe romain au 3 juin (« naissance au Ciel » en 1963) mais à Rome on le fête aussi le 11 octobre, en l'anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II qu'il a convoqué.

Sa foi, son espérance, sa charité

En outre, le P. Lombardi souligne que le pape Jean-Paul II a apporté le Nom du Christ dans toutes les régions de la planète et que la béatification sera la reconnaissance du « caractère exceptionnel de son rapport à Dieu » et de son rôle « d'intercesseur » pour l'homme auprès de Dieu.

A Radio Vatican, le P. Lombardi a précisé que c'est bien « l'approbation par le pape du décret sur un miracle survenu par l'intercession » de Jean-Paul II, qui ouvre la voie à la béatification.

Il faudra la reconnaissance d'un autre miracle survenu à partir de maintenant pour sa canonisation.

« L'Eglise, a expliqué le P. Lombardi, reconnaît que Karol Wojtyla a donné un témoignage éminent et exemplaire de vie chrétienne, est un ami et un intercesseur qui aide le peuple en marche à s'adresser à Dieu et à le rencontrer. Si extraordinaires soient-elles, ce ne sont pas tant les œuvres de Jean-Paul II qui attirent aujourd'hui notre attention, mais leur source spirituelle, sa foi, son espérance, sa charité ».

Faire connaître la miséricorde

Le P. Lombardi rappelle sa prière, sa compassion, sa souffrance : « Les œuvres doivent justement être admirées en tant qu'elles sont l'expression de la profondeur, et de l'authenticité de son rapport à Dieu, de son amour pour le Christ et pour toutes les personnes humaines — à commencer par les pauvres et les faibles —, de son tendre rapport avec la Mère de Jésus. Nous nous le rappelons donc en prière, dans ce recueillement profond et prolongé, dans son désir de célébrer et d'annoncer Jésus rédempteur et sauveur de l'homme, de le faire connaître et aimer par les jeunes et le monde entier ; dans sa façon de s'entretenir avec affection avec les malades et les personnes souffrantes, dans ses visites aux peuples les plus nécessiteux de nourriture et de justice ; enfin, dans son expérience patiente et très vraie de sa souffrance personnelle, de sa maladie vécue dans la foi, devant Dieu et devant nous tous ».

« Sa vie et son pontificat, conclut le P. Lombardi, ont été traversés par sa passion de faire connaître au monde entier dans lequel il a vécu — le monde de notre histoire dramatique à la charnière des millénaires — la grandeur consolante et enthousiasmante de la miséricorde de Dieu : c'est de cela que le monde a besoin. C'est pourquoi, justement, nous aurons la joie de célébrer sa béatification solennelle le jour où lui-même a voulu que toute l'Eglise tourne son regard et sa prière vers cette Miséricorde divine ».

vendredi 14 janvier 2011

BEATIFICATION DE JEAN-PAUL II

Signature du décret

CITE DU VATICAN, 14 JAN 2011 (VIS). Une Note de la Congrégation pour les causes des saints annonce que Benoît XVI présidera la messe de béatification de son prédécesseur, dimanche 1er mai prochain, dimanche de la Divine Miséricorde: "Comme on le sait, la Cause fut introduite dès avant le terme requis des cinq années après le décès. La dispense papale résultait de l'immense réputation de sainteté dont Jean-Paul II a joui de son vivant et au moment de sa mort. Par ailleurs, les dispositions canoniques relatives aux procédures en béatification et canonisation ont été scrupuleusement respectées.

De juin 2005 à avril 2007, l'enquête diocésaine s'est déroulée à Rome avec requêtes adressées à plusieurs autres diocèses, afin de recueillir des informations sur la vie, les vertus, la réputation de sainteté et d'éventuels miracles. Le décret du 4 mai 2007 de la Congrégation a reconnu la validité de cette procédure canonique et, en juin 2009 ce dicastère a examiné la Positio de la Cause. Après quoi, ses neuf théologiens ayant émis un jugement positif sur l'héroïcité des vertus de Jean-Paul II, les Cardinaux et autres évêques de la Congrégation ont confirmé l'avis favorable.

Le 19 décembre 2009, Benoît XVI a autorisé la promulgation du décret relatif à l'héroïcité des vertus. En vue de la béatification de Jean-Paul II, la Postulation de la Cause a soumis à la Congrégation le cas d'une guérison de la maladie de Parkinson, celui de Soeur Marie-Simon-Pierre Normand, des Petites Soeurs des Maternités catholiques.

Puis, le 21 octobre 2010, les actes de l'enquête canonique et les examens médicaux ont été soumis à la Commission médicale du dicastère. Après un examen scrupuleux des témoignages et de la documentation procédurale, elle s'est prononcée en faveur du caractère scientifiquement inexplicable de cette guérison.

Ayant pris connaissance des conclusions médicales, les théologiens ont procédé le 14 décembre 2010 à l'évaluation théologique du dossier, reconnaissant à l'unanimité l'unicité, l'antécédence et la choralité de l'invocation adressée à Jean-Paul II, ainsi que son efficacité aux fins de cette guérison miraculeuse.

Enfin, le 11 janvier 2011, lors de leur session ordinaire, les Membres de la Congrégation ont émis unanimement une sentence confirmatoire, retenant miraculeuse la guérison de la religieuse française, car scientifiquement inexplicable, et accomplie par Dieu à la suite de l'intercession de Jean-Paul II, invoquée par la religieuse malade comme par nombre d'autres fidèles".

mercredi 12 janvier 2011

PÉCHÉ - LE MOT INTERDIT

LE PECHE
MOT QUE NOTRE TEMPS REFUSE DE PRONONCER

Le 8 mars 1972, le Pape Paul VII, lors d'une audience du Mercredi fit le discours qui suit et que reste, malgré son ancienneté, d'une douloureuse actualité:

Chers Fils et Filles,


Sa Sainteté Paul VI

Si nous voulons pénétrer le sens général de la doctrine chrétienne et appliquer celle-ci à notre Salut, nous ne pouvons ignorer un chapitre essentiel de l’histoire du rapport objectif et existentiel entre l’homme et Dieu; et ce chapitre ample et redoutable a pour titre : le péché.

Si nous voulons comprendre quelque peu la mission du Christ et l’Economie du Salut qu’il a instituée, si nous voulons y participer, nous ne pouvons ôter de notre esprit ce fait tragique, conséquence de la tare initiale du genre humain, le péché originel, qui se répercute dans l’immense trame de nos misères et de nos inévitables responsabilités, nos péchés personnels.

Si nous ne percevons pas l’antithèse du Salut qui est justement le péché, nous ne pouvons entrer dans le sanctuaire de la liturgie surtout lorsque celle-ci commémore non seulement la passion, la mort et la résurrection de notre Seigneur, mais aussi l’accomplissement du mystère de la rédemption dans lequel toute l’humanité trouve son intérêt.

Le péché est le côté négatif de cette doctrine, de cette intervention salvifique qui nous fait acclamer le Christ comme le libérateur suprême et nous rend conscients de notre sort, d’abord triste mais aussitôt bienheureux si nous vivons le mystère pascal.

Le péché est aujourd’hui un mot que l’on tait volontairement, que notre temps refuse de considérer et même de prononcer, une parole dépassée, inconvenante et de mauvais goût. Pourquoi ? Parce que la notion de péché implique deux autres réalités que l’homme moderne refuse de considérer : une Réalité transcendante absolue, vivante, omniprésente, mystérieuse mais indéniable qui est Dieu ; Dieu créateur qui nous définit Ses créatures. Que nous le voulions ou non, “ c’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être ”, dit St Paul dans son discours devant l’Aréopage d’Athènes (Ac 17, 28). Nous devons tout à Dieu : l’être, la vie, la liberté, la conscience et par conséquent l’obéissance, condition de notre dignité et de notre bien-être. Dieu Amour veillant sur nous, immanent, nous invitant au dialogue filial de sa communion et de son Règne surnaturel. Il y a une seconde réalité subjective et relative à notre personne, une réalité métaphysique et morale. Il s’agit de la relation irrévocable de nos actions au Dieu présent, qui sait tout, et interroge notre libre arbitre. Chacune de nos actions libres et conscientes possède cette valeur de choix conforme ou non à la Loi, c’est-à-dire à l’Amour de Dieu et c’est en Lui que, pour ainsi dire s’inscrit, s’enregistre notre oui ou notre non. Ce “ non ” c’est le péché, un suicide.

Car le péché n’est pas seulement un défaut personnel, mais une offense interpersonnelle qui de notre personne arrive jusqu’à Dieu ; ce n’est pas exclusivement un manquement à une légalité humaine, une faute à l’égard de la société ou envers notre logique morale intérieure. C’est une rupture mortelle du lien vital et objectif qui nous unit à la source unique et suprême de la vie qui est Dieu. Première et fatale conséquence : nous qui, en vertu du don de la liberté, car nous sommes à l’image de Dieu, sommes capables de perpétrer cette offense, de briser ce lien, nous ne serons jamais plus à même de le réparer. Nous savons nous perdre, mais non nous sauver. Réfléchissons jusqu’où arrive notre responsabilité. L’acte devient un état, un état de mort. Ceci est terrible. Le péché porte en lui une malédiction qui serait une condamnation irréparable si Dieu par sa bonté et sa miséricorde ne venait à notre secours. Cela est merveilleux. C’est la rédemption, la libération suprême. “ O Dieu, toi qui sais révéler ta puissance par le pardon et la miséricorde... ” (Collecte du X° Dim. après la Pentecôte).

L’idolâtrie de l’humanisme contemporain, qui nie ou néglige notre rapport avec Dieu, nie ou néglige l’existence du péché. Il en résulte une morale déboussolée: folle d’optimisme, elle tend à rendre tout permis, envers ce qui plaît ; folle de pessimisme, elle ôte à la vie son sens profond, résultat de la distinction transcendante du bien et du mal et l’avilit dans une vision finale d’angoisse et de vain désespoir.

Le christianisme qui, au contraire, aiguise la sensibilité au péché, écoutant la leçon incomparable du Divin Maître (cf. Le discours sur la montagne), en profite pour initier l’homme au sens de la perfection, le consoler par le don de l’énergie spirituelle, la grâce, qui le rend capable de tendre à la perfection et de l’atteindre. Mais, par dessus tout, la grâce met en mouvement l’inépuisable pardon de Dieu, la rémission des péchés qui ressuscite l’âme en la faisant participer à la vie et à l’amour dans le Royaume de Dieu. Reprenons une conscience droite du péché, sans crainte et sans faiblesse, une conscience forte et chrétienne. Alors la conscience du bien croîtra en opposition à celle du mal. Jaillissant de notre jugement moral, le sens de la responsabilité croîtra et s’étendra à nos devoirs personnels, sociaux et religieux. C’est ainsi que grandira notre besoin du Christ, consolateur de nos misères, rédempteur et victime de nos maux, vainqueur du péché et de la mort, Celui qui a fait de ses souffrances et de sa croix, le prix de notre rachat et de notre salut...

Avec notre Bénédiction Apostolique.

Paul VI, Pape

samedi 8 janvier 2011

ALIX LE CLERC - 1576-1622

9 janvier
RELIGIEUSE, FONDATRICE DE LA CONGREGATION NOTRE-DAME
BIENHEUREUSE


Il y avait alors à Mattaincourt une jeune fille de vingt-deux ans, originaire de Remiremont, nommée Alex le Clerc. Elle y était élevée dans la piété et la civilité, selon l’usage des meilleurs maison du lieu.

« Elle était, dit son historien, d’un naturel doux et accommodant, d’un abord agréable, avec une modestie qui donnait de l’admiration, accompagnée d’une certaine gravité, grâce et douceur, qui la faisait craindre et aimer. Sa présence donnait du respect et de la retenue à ceux qui conversaient avec elle. Elle était grande, droite et bien faite, la taille et le port excellent excellents, un peu blonde, le teint blanc et délicat, les yeux bleus, le nez assez long, la bouche belle, mais un peu plate ; l’esprit et le jugement sains ; fort retenue et avisée en ses paroles, d’une humeur tranquille et toujours égale. »

Par sa beauté et les grâces de son esprit, Alix le Clerc plaisait au monde et elle avait senti naître en elle le désir de plaire. Mais soupçonnant qu’elle n’était pas dans sa voie, et poursuivie de retranchement en retranchement, tantôt par des inspirations secrètes, tantôt par des visions pleines de sens, elle se rendit enfin, et, foulant aux pieds la vanité du siècle, elle voua à Dieu sa virginité.

« Quand je priais Dieu, dit-elle dans la Relation de sa vie, il me tombait toujours en l’esprit qu’il me faudrait faire une nouvelle maison de filles pour y pratiquer tout le bien qu’on pourrait. »

Plus tard, elle eut une vision dans laquelle il lui sembla qu'elle ramassait de petites pailles abandonnées que d'autres regardaient avec mépris, et elle entendit intelligiblement une voix qui lui dit: « Je veux que ces petites âmes, qui sont comme des enfants bâtards, délaissées de leur mère, en aient une désormais en toi. »

Les véhémentes prédications de Pierre Fourier achevèrent de fixer cette âme et lui ouvrirent ses véritables horizons.

Elle confia ses attraits au saint Curé, qui dut, par prudence, la laisser quelque temps en suspens, alléguant pour premier obstacle l'impossibilité de commencer seule une telle oeuvre.

— « Où trouverez-vous, lui dit-il, des compagnes qui voudront se joindre à vous? »

Alix, néanmoins, persistait dans ses pensées, demandant à Dieu avec confiance une manifestation plus claire de ses desseins sur elle.

Elle en était là, lorsqu'une jeune fille, nommée Gante André, touchée de sa vie édifiante, vint lui confier le désir qu'elle avait de se consacrer à Dieu avec elle.

Gante n'avait que dix-sept ans. Mais c'était une nature riche, généreuse et expansive. A une complexion robuste, à une santé de fer, elle joignait un esprit viril, un caractère décisif, des idées nettes, un bon sens que rien ne déconcertait, et un courage à l'épreuve de toutes les difficultés. Depuis sa tendre enfance elle n'avait vécu que pour Dieu et pour les pauvres, et son rêve était de se livrer tout entière à l'action, pour étendre sur la terre le règne de Jésus-Christ.

Un jour du mois d'octobre 1597, Alix, suivie de cette première compagne, se présenta au presbytère de Mattaincourt, et renouvela instamment au Père Fourier son intention de quitter le monde et de servir Dieu sous sa direction, comme elle le lui avait déjà exposé une première fois. Ému de cette déclaration, qui répondait au secret désir de son zèle, Pierre Fourier bénit Dieu dans son coeur; mais il se tut prudemment et ne les accueillit qu'avec réserve.

Bientôt trois autres jeunes filles, apprenant leur démarche, vinrent successivement trouver Alix et s'ouvrirent à elle du même dessein qu'elles nourrissaient en silence.

La jeune apôtre les conduisit de nouveau au saint Curé, pour qu'il leur fit connaître la volonté de Dieu à leur égard. Tout en les écoutant, Pierre Fourier les modérait, ajournait leur résolution, et les en détournait même, afin de les éprouver.

Assuré enfin de leur vocation, il leur permit de paraître à l'église, la nuit de Noël 1597, vêtues de noir et couvertes d'un voile. Puis, quelques semaines plus tard, dans une nuit d'oraison et d'extase, du dix-neuf au vingt janvier 1598, veille de saint Sébastien, il prit devant Dieu sa résolution définitive.

Ému des dangers que faisait courir aux bonnes moeurs la réunion dans les mêmes classes des garçons et des filles, il jugea qu'il serait nécessaire d'avoir une Religion d'hommes pour instruire des garçons et une Religion de femmes pour instruire les filles, et il se décida à instituer simultanément deux Ordres, l'un de Religieux et l'autre de Religieuses, qui seraient voués à l'enseignement gratuit des enfants du peuple.

A peine sa résolution prise, il se mit à l'oeuvre pour fonder d'abord l'Ordre des hommes. Il choisit donc cinq ou six jeunes garçons, qui avaient déjà fait quelques études, et les réunit dans son presbytère, pour essayer de les former à l'enseignement. Mais l'heure n'était pas encore venue. L'un s'échappa, l'autre demanda son congé, un troisième se dégoûta, à tel point qu'en moins de trois mois, l'entreprise s'évanouit. C'est au chanoine rémois, Jean-Baptiste de la Salle, qu'était réservée la gloire de reprendre et de réaliser ce noble dessein.

Toute l’activité de Pierre Fourier se retourna aussitôt vers les cinq jeunes filles, qui n’attendaient, pour agir, qu’un mot de sa bouche.

Après quelques épreuves, suscitées par la nouveauté du projet, il leur permit de se rassembler, avec approbation provisoire de l’évêque de Toul, au village de Poussay, près de Mattaincourt, sous la protection de Madame d’Apremont. C’était la veille de la fête du Saint-Sacrement de l’an 1598.

Ce fut donc à Poussay que ces généreuses filles jetèrent les premiers fondements de la Congrégation de Notre-Dame, se livrant à des prières et à des pénitences continuelles, afin de connaître et d’accomplir la volonté de Dieu. En attendant, elles se mirent à instruire les jeunes filles du village.

Le bon Père allait les voir deux ou trois fois la semaine. Jamais il n’entrait dans leur maison, mais il les écoutait à l’église, où elles lui rendaient compte de ce qu’elles faisaient ; et lui, de son côté, les formait à la vie spirituelle, et leur communiquait les méthodes les plus propres à l’instruction des filles. Il ne craignait pas de s’abaisser aux plus menus détails, leur enseignant à bien lire, leur traçant les principes de l’orthographe et les règles de l’arithmétique.

En 1600, elles rentrèrent à Mattaincourt, grâce à la générosité de Madame d’Apremont, qui leur acheta un local. Alix reçut du Père Fourier la direction de la maison, et là, comme à Poussay, les élèves affluèrent en si grand nombre dans leur école, qu’à peine les maîtresses y pouvaient-elles suffire, bien qu’elles eussent déjà reçu quelques compagnes.

« Le R. Père en était le directeur, et il ordonnait à chacune ce qu’elle y devait faire. Il voulait qu’outre les leçons et les prières, on fit tous les jours répéter aux enfants une partie du catéchisme, et des dialogues qu’il composait lui-même, contre les vices qu’il savait régner le plus dans sa paroisse et dans les villages voisins ; et, tous les dimanches, après les vêpres, il faisait le catéchisme, interrogeait les petites filles et leur faisait dire des dialogues, avec diverses questions utiles pour instruire le peuple qui venait de tous côtés. »

SAINT PHILIPPE BERRUYER - ca. 1190-1261

9 janvier
ÉVEQUE D'ORLEANS, ARCHEVEQUE DE BOURGES


Le Jugement dernier - Cathédrale de Bourges

Né à Tours vers 1190, de Girard Berruyer, chevalier (que l'ancien Martyrologue de Tours nomme Estienne, et sa mère Mathée), neveu de Saint Guillaume de Donjon (évêque de Bourges en 1200) et de Eudes (ou Odon) De Saint-Amant (Grand Maître de l'Ordre du Temple de 1171 à 1179).

Témoignant de bonne heure de son intention d'entrer dans l'état ecclésiastique, il y fut encouragé par sa mère. Après ses études faites à Paris, il retournât à Tours, nommé chanoine à la cathédrale Saint Gatien ; il fut ensuite nommé archidiacre de Tours, lorsque, fort jeune encore, il en fut élu archevêque, mais son humilité lui fit contamment refuser cette dignité. Cependant, à force de sollicitations, il se vit en quelques sorte contraint en 1222 d'accepter l'évêché d'Orléans. Il administra alors sagement ce diocèse, donna là l'exemple de toutes ses vertus, prit la défense des étudiants que les bourgeois trouvaient bruyants à l'excès, releva des censures ecclésiastiques les frères desservant l'Hôtel-dieu, fonda une maison pour filles repenties.

En 1236, il fut nommé par Grégoire IX archevêque de Bourges que son oncle avait possédé. Il s'assura le concours des dominicains en y établissant un de leurs couvents. Il supervisa la fin du gros-œuvre de la cathédrale. Il semble s'être peu intéressé à la vie matérielle de son diocèse, il suivait, comme son oncle le chemin du spirituel.

Il apporta la plus grande attention à soulager les pauvres, auxquels il faisait distribuer d'abondantes aumônes, et en ayant toujours trois à sa table. Il lui arrivait même de se dépouiller de ses propres habits pour en vêtir des indigents, qui l'approchaient toujours plus aisément que les personnes de la plus haute condition. Il pratiquait de rigoureuses austérités ; le pape Innocent IV lui donna l'ordre de les modérer pour ne pas priver l'église de ses services. Il profita du crédit qu'il avait auprès du roi Saint-Louis pour être utilement le défenseur de l'Eglise.

Il fut appelé au ministère par la reine Blanche, qu'il aida pendant ses deux régences. Il devint chef du conseil royal sous le gouvernement des comtes d'Anjou et de Poitiers, et fut tenus en haute estime par Saint Louis, qui l'employa toujours utilement dans les affaires les plus délicates.

Il assista au concile de Lyon en 1245, procéda en 1248 à la consécration de la chapelle basse de la Sainte-Chapelle de Paris, assista en 1251 au serment que la reine Blanche exigeait des bourgeois et de l'Université de Paris. Il travailla à remettre en honneur le culte des Saints, découvrit en 1235 le corps de Saint Ursin, procéda en 1259 à la translation des Reliques de Saint-Aignan.

Il se disposa pieusement à sa mort dans sa maison de campagne de Toury ; après avoir reçu les derniers sacrements, il renouvela sa profession de foi et expira doucement le 9 janvier 1261. On l'honora pendant quelques temps à la Sainte Chapelle de Paris. Il fut enterré dans la cathédrale de Bourges, où on peut lire cette épitaphe :

Mole sub hae lapidis sacrata sede sedentis,
Philippi Bituris ossa beata jacent.
Clarus in orbe fuit, pauper sibi, pauperis altor,
Carnem mire domans assiduis precibus.
Vivus humoque jacens, medicamen praestitit aegris ;
Est sibi nunc crebis laurea pro meritis.

Guillaume de Nangis précise que, Dieu ayant manifesté sa sainteté par des divers miracles, des demandes ont été faites à Rome pour obtenir sa canonisation. Il a été béatifié, et est fêté le 9 janvier. Le père Labe a écrit sa biographie.

Il a été canonisé en 1267 par le pape Clément IV.

mardi 4 janvier 2011

TRISTESSE DE DIEU, TRISTESSE DES HOMMES

Mon Seigneur, je me tourne vers Toi... Nous pourrions être tous si heureux sur la terre, si les hommes s'aimaient... Et pour que les hommes s'aiment, c'est bien facile, il suffit d'aimer Dieu… Mais de plus en plus on oublie Dieu, on s'éloigne de Dieu, et les malheurs se font de plus en plus nombreux et pressants. Mais pourquoi, Seigneur ? Pourquoi les hommes se détournent-ils de Dieu ? Je pose des questions idiotes, car je connais bien les réponses; pourtant si je les pose encore aujourd'hui, c'est qu'hier soir j'ai regardé une émission remarquable sur KTO, une émission qui a présenté la science et les hommes comme de grandes choses, mais redoutables cependant.

L'homme invente-t-il l'homme ? C'était le titre de l'émission. Les questions éthiques sont de plus en plus liées à la science, car, pour un certain nombre de savants, il semblerait que la science moderne, cette merveille qui si souvent me rapproche de Dieu, devienne, entre les mains de certains, l'outil qui leur permettrait de prendre la place de Dieu. Grâce aux nanotechnologies, à la biologie nouvelle et à ses interventions pour modifier la chaîne constitutive de l'ADN, au développement des moyens de communication et à d'autres technologies, l'homme peut transformer l'homme et en faire un être nouveau. Il devient possible d'arrêter le vieillissement, et de ne plus mourir... À une époque où l'on estime qu'il y a déjà trop de monde sur la terre, où l'avortement est devenu une thérapie, et ou l'euthanasie se répand, penser à faire mourir la mort peut sembler absurde. Pourtant, certains êtres pleins d'arrogance sont sur le point d'affirmer : je peux tout ; je peux modifier l'homme et les autres créatures. Je suis le nouveau créateur, je me prends pour Dieu, je suis Dieu et j'agis...

Jamais encore je n'avais entendu de telles choses venant de la part des hommes. Ces sciences nouvelles, je les connais très peu, car elles sont trop récentes pour moi. Mais je sais que, déjà, de grands savants honnêtes et humbles commencent à avoir peur des nanotechnologies... car ils ne savent pas où elles vont nous conduire. Alors, si l'homme se prend pour Dieu, s'il prend la place de Dieu, de nouveau nous touchons le premier péché : non pas celui que l'on appelle originel, mais le péché de Lucifer lui-même, le péché que j'appellerai absolu. Jésus, j'ai peur !... Ainsi, au-delà de nos sociétés communistes ou socialistes qui ont chassé Dieu de nos vies pour le remplacer par quelques tyrans, au-delà de la vie mortelle, celle que nous connaissons, notre vie humaine, certains savants envisagent déjà des vies humaines sans fin, assez puissantes grâces aux sciences, pour créer de nouveaux hommes, bien modelés et façonnés en fonction de ce que l'on désirerait d'eux. Des hommes-robots apparemment libres mais véritables esclaves car conçus pour une tâche délibérément prévue à l'avance ; le clonage est bien dépassé...

Mon Seigneur, je suis atterrée : voici que l'homme imite ou prend la place de Lucifer et se prend pour Dieu... Nous avons oublié le vrai Dieu, et déjà certains hommes se mettent à sa place... Et pendant ce temps, face à l'inertie de certains et à l'incurie des autres, une religion “moderne” qui veut évoluer en fonction des idées du monde, une religion nouvelle basée sur les philosophies marxistes, communistes, socialistes, etc., que l'on sait pourtant dépassées, une religion qui ne veut pas voir ses erreurs et refuse la vérité, une religion qui peu à peu n'a plus besoin de Dieu, cette religion-là arrange bien Lucifer. Cette nouvelle religion s'infiltre partout et nous retire peu à peu toute liberté. Je dois dire, que nous l'avons un peu mérité... Je regarde tout cela, je me tourne vers Toi, Seigneur, et je Te prie : “Reviens, Seigneur Jésus, viens nous sauver.”

Je Te prie, Seigneur : la méchanceté règne et s'étale partout... On bafoue ceux qui T'aiment ; on détruit, ou l'on cherche à détruire les chrétiens. Chaque jour on apprend de nouveaux assassinats de chrétiens, de prêtres, de religieux et religieuses. Ceux qui font du bien sont méprisés et persécutés. Par contre on trouve toujours les meilleures excuses aux assassins... La justice française est devenue un modèle d'injustice, et la tolérance est à sens unique... Jésus, viens vite nous sauver!

Quand, depuis plus de trente ans je parle de ces choses avec des amis, et souvent encore quand j'essaie de montrer l'état du catholicisme en France, on me répond généralement : “Il fut avoir confiance, l'Église en a vu d'autres...” et ils continuent leurs petites affaires comme s'ils ne comprenaient rien. Moi je reste avec Toi, Jésus, et je pleure avec Toi... Et je tente, en vain, de voir clair. Pendant très longtemps, depuis 1968, je suis restée inerte, car je ne savais pas quoi faire, puisque l'Église avait “parlé”. Mais quelle Église ? J'ai essayé de faire du bien dans ma vie professionnelle, mais aujourd'hui je m'aperçois que cela n'a servi à rien, au moins dans le secteur économique dans lequel je travaillais. “Vanité des vanités...”

Je reste avec Toi, Jésus, et j'essaie de prier ; mais je n'y arrive plus vraiment. Mes idées s'égarent, ne se fixent plus. Elles divaguent... Je Te regarde Jésus, et je contemple les œuvres de Dieu. Comme elles sont belles ! Comme je T'aime ! Comme je voudrais que tous les hommes T'aiment et qu'ils s'aiment ! Oui, quand Tu nous as dit : “Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés...” Tu savais que de cet amour partagé gratuitement, jaillirait le vrai bonheur ; oui, mais à une condition, essentielle, fondamentale : que nous commencions par servir Dieu comme Il le désire.

Le fondateur de l'AED (Aide à l'Église en Détresse), le Père Wérenfried, a écrit un livre intitulé “Là où Dieu pleure”. Oui, Dieu pleure quand Il voit ses enfants trop malheureux. Et quel plus grand malheur que celui qui naît au cœur de l'homme qui a chassé Dieu ? Depuis le XVIIe siècle, le Siècle des lumières... un certain nombre de personnes influentes ont cherché, et cherchent toujours, à chasser Dieu du pays qu'Il aime : la France. Beaucoup d'européens, suite à des théories vraiment diaboliques, notamment le marxisme et le nazisme, ont fait de même ; il en est résulté des guerres effroyables et mondiales. Puis des campagnes de mensonges effarants ont conduit à l'abandon des cultures chrétiennes et au mondialisme qui peut avoir du bon à condition qu'il soit bâti sur Dieu, sinon c'est l'origine de misères épouvantables. Aujourd'hui on continue dans ces erreurs... mais comme on ne peut pas ne constater les effroyables dégâts, au sein de l'Église, quelques personnes, surtout des laïcs, quelques prêtres aussi, mais ils sont rares, commencent à faire marche arrière : on revient à la prière, à l'adoration, à la louange de Dieu, et certains pensent même qu'il faudrait redonner aux enfants et aux jeunes une véritable éducation. Ceux-là, malheureusement sont peu nombreux, et encore traités d'intégristes...

Les hommes sont malheureux, les hommes sont tristes et Dieu pleure... Dieu appelle les hommes et leur dit et leur redit : “Mes enfants aimez-Moi ! Aimez-vous les uns les autres. Heureux serez-vous si vous faites la paix ; heureux êtes-vous si vos cœurs sont purs. Soyez miséricordieux comme je suis miséricordieux...” Dieu pleure, et des hommes pleurent aussi avec Dieu : ce sont ceux qu'Il appelle à partager l'agonie de son Fils au Jardin des Oliviers à Gethsémani ! Jésus avait pourtant dit : “Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !” Mais l'agonie de Jésus fut si lourde qu'Il appela le Père pour qu'Il éloignât de Lui ce calice de douleur. Cette douleur spirituelle, celle aussi de ceux qui pleurent avec Jésus à Gethsémani, dépasse parfois leurs forces humaines, et ne sachant pas toujours trouver l'espérance que Dieu leur apporte, ils crient avec Jésus : “Père, éloigne de nous ce calice, chasse Satan, délivre du mal et viens vite nous délivrer, nous sauver. Seigneur fais vite: nous n'en pouvons plus.”

Paulette Leblanc