samedi 30 août 2008

L' AMOUR SEUL VAINCRA

LE PIED


« Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant: Méchant, tu mourras! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant pour le détourner de sa voie, et qu'il ne s'en détourne pas, il mourra dans son iniquité, et toi tu sauveras ton âme. » (Ez. 33, 7-9)

Nous avons tous connu, à l’époque où le nazisme régnait en Europe, des images représentant le pied d’un officier SS écrasant, sur son passage, tout ce qui résistait à Hitler. Je ne cesse de voir ce pied dans mon esprit, mais, ce n’est plus le pied d’un nazi. C’est un immense pied, grand comme toute la surface de la terre, qui est là, au-dessus de notre monde. Ce pied, encore légèrement soulevé, provoque, comme un nuage noir et mortel, une ombre gigantesque et terrifiante, qui plonge toute la terre dans des ténèbres épaisses.
Ce pied monstrueux s’approche de plus en plus de la surface du sol, et à mesure qu’il s’y pose, il écrase tout sous sa semelle criminelle. La surface de la terre, c’est comme une immense prairie plongée dans la nuit, qui, terrifiée, sent qu’on l’écrase impitoyablement d’un poids énorme, plongeant dans la mort toute la végétation destinée à la nourriture des êtres vivants. Toutes les plantes sont détruites, les petits animaux sont broyés par le pied satanique : rien ne subsiste après le passage du monstre.
Rien ne subsiste sur la terre après le passage du monstre : il n’y a plus que ruine et mort. La désolation est partout, la vie a disparu : Satan pourra régner sur ce qui n’est plus qu’un désert désespérant.
La vie a disparu, Satan triomphe : il a tué l’humanité ; il n’aura pas à adorer le Verbe incarné...
Jésus, comme elles sont étranges ces images que Tu suscites en moi ! Les as-Tu aussi vues, ces images de mort, durant ton agonie atroce de Gethsémani ? As-Tu contemplé la mort des hommes que Tu aimes et pour qui Tu vas mourir dans quelques instants ? Jésus, est-ce cela qui T’a fait crier vers le Père ton angoisse infinie ? As-Tu connu, à ce moment, le désespoir horrible de l’être face au néant, le désespoir atroce de l’homme qui contemple seul les ténèbres indescriptibles de son existence affrontée au Rien ? Ô Jésus, quel cri de désespoir et de détresse infinie peut pousser l’Homme qui découvre qu’il vit, mais dans un univers de Rien ! Est-ce cela, Jésus, que ton cri exprimait ?
Il m’arrive souvent de vivre, l’espace d’un instant, cette sensation atroce d’un vertige sans nom, car vertige de néant, vertige de Rien, vertige de mort offerte cependant à un être qui croit vivre... Ô Jésus ! ô Jésus, as-Tu connu aussi ce vertige de la solitude totale devant le Rien-néant ?
Je ne peux m’empêcher de voir ce monstrueux pied destructeur écrasant l’Homme qui faisait tes délices. Ce pied est là, en moi, et une terrible douleur métaphysique m’étreint. Le pied écrase tout, l’herbe autour de moi n’est plus qu’une abominable soupe encore verdâtre, mais pas pour longtemps...
Voici que le pied se soulève, pour aller plus loin, mais où ? Il n’y a plus rien sur la terre... C’est alors que je réalise que tout n’a pas disparu. Le pied n’a écrasé que ce qui se voyait. Les toutes petites plantes, les toutes minuscules fleurs qui se cachaient au pied des racines de l’herbe, ou dans les petites entailles du sol, ont miraculeusement échappé au massacre : elles étaient si petites, ces plantes, si cachées, ces fleurettes, que le pied n’a pas pu les atteindre...
Ô mon Seigneur ! Notre monde d’aujourd’hui est comme écrasé par le pied dominateur de Satan à qui rien ne semble résister. Son ombre de ténèbres empêche la lumière de pénétrer les cœurs meurtris et dévastés par le pied plein de haine. Les âmes ne peuvent plus atteindre Dieu, et la charité a disparu. Le désespoir règne, la civilisation est devenue la mort. C’est la nuit, c’est la mort, c’est l’angoisse extrême de ceux qui meurent dans la désespérance, dans le néant, dans le Rien.
Je contemple ce désastre de mort... Un silence angoissant enveloppe l’immobilité totale et atroce de l’absence de vie. Pourtant, il semble que quelque chose ait échappé au désastre : ce sont des petits cœurs qui palpitent encore. Ils sont peu nombreux, tout petits, bien meurtris, mais encore vivants. Leur faiblesse cherche Dieu qu’on avait voulu détruire. Leur cœur cherche l’Amour que l’on avait éteint. Ce n’est qu’un petit reste, un tout petit reste, mais un tout petit foyer d’amour brûle toujours en eux. La vie peut renaître : la Croix se redresse, le Sacré-Cœur de Jésus leur offre son Amour...
Jésus, mon cœur brisé se tourne vers Toi. Je Te contemple, Jésus, je T’aime. Ce qui vient de se passer me bouleverse profondément. Et maintenant je trouve que ce petit reste des humbles tout petits, n’est pas assez nombreux. Que sont devenus tous les autres ? Pourtant, Jésus, ce petit reste était inscrit dans l’Écriture. Moi je ne comprends rien... Je peux seulement Te demander, Jésus : “Ce petit reste des humbles tout petits est-il la consolation que le Père T’envoya à Gethsémani ?”

“Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n'imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous ; nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconciliés avec Dieu !” (2Co. 5, 19-20)